Jean-Paul II

La visite de Jean-Paul II à Taizé

Le pape Jean-Paul II a décidé de faire une étape à Taizé, au cours de son voyage en France. Le pape est depuis la veille à Lyon et doit aussi se rendre à Paray-le-Monial, Ars et Annecy.

Des chapiteaux ont été placés devant l’Église de la Réconciliation. Sept mille jeunes sont arrivés. Pendant toute la nuit, certains d’entre eux se sont relayés pour une prière continue, silencieuse, qui a duré jusqu’au petit matin. À 8h30, après avoir longuement chanté avec les jeunes, les frères sont sortis de l’église pour accueillir le pape. Un brouillard épais recouvre toute la région. Les hélicoptères ont dû rester au hangar. Le pape est venu depuis Lyon à bord d’une voiture ordinaire.

En entrant dans l’Eglise de la Réconciliation, Jean-Paul II prend place sur un fauteuil de bois et de paille. Frère Roger, entouré de quelques enfants, lui exprime de brèves paroles d’accueil. Puis le pape s’adresse aux jeunes. Il leur explique pourquoi il est venu à Taizé et ce que l’Église attend d’eux:

L’Église a besoin de votre enthousiasme

« (…) Comme vous, pèlerins et amis de la communauté, le pape n’est que de passage. Mais on passe à Taizé comme on passe près d’une source. Le voyageur s’arrête, se désaltère et continue sa route. Les frères de la communauté, vous le savez, ne veulent pas vous retenir. Ils veulent, dans la prière et le silence, vous permettre de boire l’eau vive promise par le Christ, de connaître sa joie, de discerner sa présence, de répondre à son appel, puis de repartir témoigner de son amour et servir vos frères dans vos paroisses, vos villes et vos villages, vos écoles, vos universités, et sur tous vos lieux de travail.

Aujourd’hui, dans toutes les Églises et communautés chrétiennes et jusque parmi les plus hauts responsables politiques du monde, la communauté de Taizé est connue pour la confiance toujours pleine d’espérance qu’elle place dans les jeunes. C’est avant tout parce que je partage cette confiance et cette espérance que je suis ici ce matin.

Chers jeunes, pour porter au monde la joyeuse nouvelle de l’Évangile, l’Église a besoin de votre enthousiasme et de votre générosité. Vous le savez, il arrive à vos aînés, après la marche difficile ou les épreuves qu’ils ont connues, d’être gagnés par la crainte ou la lassitude et de laisser s’affaiblir l’élan propre à toute vocation chrétienne. Il arrive aussi que les institutions à cause de la routine ou des déficiences de leurs membres, ne soient plus suffisamment au service du message évangélique. L’Église a alors besoin du témoignage de votre espérance et de votre ardeur pour mieux remplir sa mission.

Ne vous contentez pas de critiquer passivement ou d’attendre que les personnes ou les institutions soient meilleures. Allez vers les paroisses, les aumôneries, les divers mouvements et communautés, et apportez-leur patiemment la force de votre jeunesse et les talents que vous avez reçus. Apportez votre soutien confiant aux ministres de l’Église ; ils sont vos serviteurs au nom de Jésus, et à ce titre vous avez besoin d’eux. L’Église a besoin de votre présence et de votre participation. Si vous vous tenez à l’intérieur de l’Église, vous serez certes parfois heurtés par des divisions, des tensions internes et les misères de ses membres, mais vous recevrez du Christ, qui en est la tête, sa Parole de vérité, sa propre Vie, le Souffle de l’amour qui vous permettra de l’aimer fidèlement et de réussir votre vie en la risquant dans un joyeux don pour les autres. (…) »


Après avoir parlé, le pape s’agenouille pour quelques instants de prière au milieu des frères. Tous chantent : « Laudate omnes gentes, laudate Dominum » (« Louez le Seigneur tous les peuples »).

Pendant que les jeunes continuent à chanter dans l’église et les chapiteaux, le pape descend dans une pièce attenante pour rencontrer les frères. Il les salue l’un après l’autre puis s’adresse à la communauté.

Vous êtes devenus encore plus jeunes

Le pape rappelle aux frères qu’il connaît personnellement la communauté depuis longtemps : « Je vous ai rendu visite quand vous étiez plus jeunes. Mais aujourd’hui vous êtes devenus encore plus jeunes. » Il se souvient des voyages de frère Roger en Pologne, et de ses paroles sur la Vierge Marie et sur le ministère du pasteur universel. Alors Jean-Paul II « évidemment se sent obligé non pas extérieurement mais dans son coeur à venir vous voir. » Faisant allusion aux rencontres européennes de jeunes qui ont déjà eu lieu à Rome, le pape ajoute : « Rome est toujours ouverte à votre visite avec les jeunes. »

Puis le pape laisse à la communauté un message écrit que Frère Roger placera dans les « Sources de Taizé », livre qui résume les intuitions essentielles de la vie de la communauté.

L’heure du départ est arrivée. Jean-Paul II sort, s’approche de sa voiture, puis décide à l’improviste de remonter dans l’église afin de saluer les jeunes une dernière fois. « Je dois vous confesser que je vous quitte », leur lance le pape. « Et avec tristesse. Mais le pape doit obéir ! Il a beaucoup de supérieurs ! » Les rires fusent, bientôt suivis d’applaudissements, et les chants reprennent, accompagnant le départ du pape.

http://www.taize.fr/fr

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